The following piece in French is by Essential Edge French editor Daniel Wermus. 

Geneva — Chaque bouleversement technologique a, dans l’histoire, produit un bouleversement social. L’imprimerie a déclenché la Réforme. La révolution industrielle, le mouvement ouvrier. Aujourd’hui, internet, facebook et smartphones bousculent les autocrates. Maidan, Taksim, Tahrir drainent des foules immenses, attirées au départ par quelques blogueurs éberlués de leur impact.

Point commun de ces soulèvements chaque fois différents : ils sont portés par des jeunes décidés à devenir acteurs de leur vie, à écrire l’Histoire sans mot d’ordre, ni politicien, ni parti, ni idéologie. Mais ensuite, le mouvement séduit en cascade tous les âges et toutes les classes. Les médias classiques regardent, les médias sociaux agissent. A Genève, siège de plusieurs organisations intéressées au développement des nouvelles technologies de l’information (UIT, OMPI, OMC, CNUCED, ISO…), on de doit d’observer ce nouveau venu remuant.

A l’occasion de la session de mars du Conseil des droits de l’homme, le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) a eu le mérite de lancer le débat, avec quelques blogueurs influents, dont la Turque Ece Temelkuran et l’Ukrainien (né à Kaboul) Mustafa Nayyem, la Syrienne Razzan Ghazzawi, le Vénézuélien Luis Carlos Diaz, le Bahreïni Ali Abdulemam. Unis par une rage (non violente) contre la corruption et l’oppression. Plusieurs sont d’anciens journalistes, virés de leur média.

Ils sont les derniers à s’illusionner sur les pouvoirs de la toile : en Ukraine, ce sont les gens qui font la révolution, twitter n’est qu’un outil, insiste Nayyem. Pourtant cet outil redonne confiance aux déçus de la Révolution orange, il défait l’isolement : on n’est pas tout seul à rêver d’une vie meilleure dans un «pays normal». Bien sûr, on sait que l’extrême-droite ou la propagande russe aussi se répandent dans les réseaux sociaux. La meilleure parade, c’est de faire circuler un maximum de témoignages et d’images.

Autre évolution, chez nous cette fois. Tous ceux qui, comme les 25’000 participants au FIFDH, s’indignent des exactions commises à des milliers de kilomètres ne seront bientôt plus des spectateurs impuissants. Leurs débats peuvent être nourris et prolongés par des tweets du monde entier. Et il devient facile de contacter les indignés d’ailleurs, d’échanger des idées, de concocter des solutions 2.0 pour traquer les Goliath et les récupérateurs des révoltes. Ce n’est qu’un début.

Daniel Wermus, journaliste

 

 

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