The following piece is by Essential Edge French editor Daniel Wermus.

Gouvernance mondiale : et les médias ?

Geneve — Profession sinistrée à bien des égards, le journalisme pourrait-il élargir son offre ? Par exemple en prenant la fonction de médiateur d’une société, qu’elle soit locale ou mondiale? De facilitateur d’échanges et de solutions ? Ce défi est lancé à Genève par le Club suisse de la presse, qui organise depuis juin dernier les Lundis de la gouvernance.

Ces rencontres réunissent, en moyenne deux fois par mois, chefs d’agences onusiennes, universitaires, leaders économiques ou humanitaires, diplomates, journalistes. On y parle menace climatique, migrations, justice globale, rôle des superpuissances, naufrage financier. Les voix sont moins feutrées que dans une conférence de presse classique. Ainsi Carla del Ponte y a fustigé le manque de courage des acteurs mondiaux dans la crise syrienne. A mi-janvier, le nouveau directeur général de l’ONU à Genève, le Danois Michael Moller est venu montrer que des haut gradés sans langue de bois, ouf, ça existe : depuis 20 ans, dit-il sans fard, on tente de réformer le Conseil de sécurité en s’appuyant sur une «structure vieille et fatiguée», tandis que les nouvelles réalités réclament «un cadre inclusif, représentatif et légitime».

Mais les médias sont-ils, aussi, des acteurs de la gouvernance mondiale ? Alors qu’ils sont eux-mêmes en crise, qu’ils boudent les liturgies onusiennes «si peu sexy» et si mal vendues, et que les salles de presse du Palais sont quasi désertes ? Là aussi, Moller est très incisif: «Les médias ont un rôle INDISPENSABLE pour parvenir à une nouvelle manière de gérer la planète. Hélas, en général ils ont laissé tomber leurs deux responsabilités majeures : l’éducation et le contrepoids. »

L’ancien premier ministre Michel Rocard, venu lancer en même temps un « Appel à une gouvernance mondiale », est tout aussi pessimiste. Son expérience de l’audiovisuel français – dictature de l’immédiat et du fast info – ne lui laisse pas espérer «s’appuyer sur le système médiatique» face aux défis de l’humanité. L’information qui nous permettrait de gérer ces défis coûte huit fois plus que le divertissement. Et de citer le livre prophétique de Neil Postman : Se divertir à en mourir.

Les multinationales reconnaissent enfin leur responsabilité sociale. Pourquoi pas les groupes médias ? Et si Genève les invitait, eux aussi, à dialoguer avec les acteurs globaux ?

 

Daniel Wermus

Fondateur d’InfoSud et de Media21

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