The following piece is by Essential Edge French editor Daniel Wermus.

Le Sénégal veut se tourner vers l’agro-écologie

Le processus « Changement de cap dans l’agriculture », lancé après Rio+20 par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale, est pris en charge par l’Etat et la société civile sénégalaise. L’ONG suisse Biovision joue le rôle de facilitateur.

Le Sénégal pourrait devenir un pionner de l’agriculture écologique en Afrique ! Lancé en janvier 2013 par Biovision et le Millennium Institute (MI), un dialogue national entre gouvernement, paysans, scientifiques, ONG, secteur privé et coopération internationale est arrivé à mi-mars 2014 à une étape décisive. Lors d’un atelier à Dakar animé notamment par Hans Herren, des hauts fonctionnaires sénégalais et des leaders paysans, plus de 80 personnes ont commencé à dessiner les contours d’une stratégie vers un système alimentaire durable et centré sur l’agriculture familiale.

 

Ce processus, officiellement intitulé « Changement de cap dans l’agriculture pour le bien-être de tous », est également mené par Biovision au Kenya et en Ethiopie. Soutenu par le Fonds international de développement agricole (FIDA) et la Coopération suisse (DDC), il a été lancé par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale après le Sommet Rio+20. Ces trois pays pilotes doivent ensuite servir d’exemple au reste de l’Afrique.

Les discussions reposent sur un modèle interdisciplinaire de simulation mis au point par le MI : le T21 (Threshold 21 – « seuil du 21e siècle »). Cet outil de prise de décision intègre des centaines de variables économiques, sociales et écologiques. Parmi de nombreuses options envisageables, l’atelier de Dakar a analysé les impacts de scénarios privilégiant soit la petite paysannerie, soit l’agro-industrie. Les résultats fournis par le modèle en terme d’emploi, de revenu paysan, environnement, sécurité alimentaire, productivité à long terme ont clairement mis le curseur sur le scénario Low external input (LEI) : des exploitations avec peu d’intrants externes (capitaux, produits chimiques, énergie, eau), mais renforcées. Le soutien externe comporterait entre autres la formation pratique, le compostage, des techniques alternatives, l’organisation des paysannes et des paysans, des médias ruraux, etc.

Les participants de la société civile et du monde rural ont soutenu massivement ce scénario, alors que certains experts étatiques penchent plutôt pour un scénario combiné avec des éléments agro-industriels. De toutes façons, les options qui seront choisies reposeront précisément sur la concertation et le consensus, appuyés par les projections de T21. Des observateurs sénégalais ont noté que c’était la première fois que des milieux paysans et gouvernementaux se parlaient aussi ouvertement.

L’atelier de mars a marqué clairement l’appropriation du modèle T21 par les Sénégalais, sous le pilotage la Cellule d’études et de planification (CEP) coordonnée par Abdourahmane Faye. Fallou Ndiaye, conseiller en agriculture du premier ministre, a souligné que ce dernier attend avec intérêt les recommandations qui sortiront de cette « approche innovante ». Samba Gueye, président du Conseil national de concertation et coopération des ruraux (CNCR), y voit un « outil de planification efficace et à long terme pour venir à bout de la pauvreté rurale. » Mme Dembo Sow, directrice générale des stratégies de développement confirme l’intégration de T21 au Ministère du Plan. Plusieurs experts de ce ministère et de celui de l’agriculture ont été formés intensivement à l’usage de T21, à l’Université de Bergen (Norvège). L’enjeu est maintenant de permettre à la société civile de l’utiliser. Et pourquoi pas en faire carrément un mastère académique, proposent des universitaires sénégalais. Enfin, une présence remarquée : les associations d’agriculteurs biologiques, en plein essor au Sénégal, estiment que T21 permettra d’évaluer à quel point le bio pourra nourrir le pays.

Daniel Wermus

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