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A Fox Under a Pink Moon - Pour ne pas oublier l’Afghanistan

L’Afghanistan, pays enclavé depuis le retour des talibans en 2021, subit également les répercussion d’un Moyen-Orient en pleine convulsion, de l’escalade à sa frontière avec le Pakistan aux turbulences de la guerre en Iran, selon l’ONU.

Luisa Ballin·
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EDITION FRANCAISE: L’émouvant, lucide et poétique film A Fox Under a Pink Moon, réalisé par le cinéaste iranien Mehrdad Oskouei et la réalisatrice Soraya Akhlaghi, relatant l’histoire d’une jeune Afghane faisant face, grâce à l’art et à une ardente persévérance, à un mari violent dans un contexte de parcours migratoires, qui avait ouvert le Festival du film et forum international des droits humains (FIFDH) le 7 mars, a reçu le Grand Prix de Genève offert par la Ville et le Canton de Genève, ainsi que le Prix du Jury des jeunes - Documentaire, offert par Peace Brigades International, lors de la cérémonie de clôture de la 24ème édition du FIFDH, le 14 mars.

Volker Türk, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, n’avait pas manqué de rappeler, à l’ouverture du Festival, l’importance du cinéma pour sensibiliser les publics à des tragédies souvent oubliées. « Les festivals comme le FIFDH recentrent notre attention sur l’humanité, la compassion et la solidarité. Ce sont des valeurs qui nous unissent. Les artistes qui créent ces films donnent une voix à la majorité silencieuse et sont, de ce fait, des défenseur·euses des droits humains »

« Les festivals comme le FIFDH recentrent notre attention sur l’humanité, la compassion et la solidarité. Ce sont des valeurs qui nous unissent. Les artistes qui créent ces films donnent une voix à la majorité silencieuse et sont, de ce fait, des défenseur·euses des droits humains », a déclaré Volker Türk.

À New York, la cheffe par intérim de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), Georgette Gagnon, a averti, le 9 mars lors d’une intervention devant le Conseil de sécurité : « L’instabilité dans la région, sur les deux plus longues frontières de l’Afghanistan, compromet la stabilité du pays ».

Selon ONU Info, depuis plusieurs semaines, les tensions avec le Pakistan ont dégénéré. Islamabad accuse les talibans afghans d’héberger ou de tolérer les combattants du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), un groupe insurgé responsable d’attaques meurtrières sur le sol pakistanais. Les représailles ont pris la forme de frappes aériennes pakistanaises dans des villes afghanes proches de la frontière, tandis que les échanges de tirs et les fermetures de postes frontaliers se multiplient.

Et Georgette Gagnon de souligner que « le conflit avec le Pakistan a eu des coûts humains et économiques sévères », appelant les deux pays à « cesser immédiatement les hostilités » et à résoudre leurs différends par la voie diplomatique.Pour l’Afghanistan exsangue, ces tensions frontalières ont des conséquences immédiates. La fermeture des routes commerciales avec le Pakistan, principal partenaire économique de l’Afghanistan, a paralysé les échanges et perturbé son approvisionnement.

Un autre conflit vient compliquer l’équation afghane. Depuis l’offensive militaire lancée le 28 février par Israël et les États-Unis contre l’Iran, l’autre corridor commercial encore fonctionnel pour l’Afghanistan est lui aussi menacé.« Avec la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan fermée, l’Iran avait fourni une route commerciale alternative qui devient maintenant de plus en plus incertaine en raison du conflit en cours », a expliqué la cheffe par intérim de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan.Sur les marchés afghans, les prix des denrées de base augmentent dans un pays où l’économie reste extrêmement fragile.

« L’aliénation persistante de l’Afghanistan vis-à-vis du système international demeure la question centrale », a souligné Georgette Gagnon.Depuis la chute du gouvernement soutenu par les États-Unis et le retour des talibans au pouvoir il y a bientôt cinq ans, aucun État occidental ne les reconnaît officiellement. Les sanctions, la paralysie du système bancaire et la chute de l’aide internationale ont plongé l’économie dans une crise profonde. Pour l’ONU, cet isolement entrave la coopération sécuritaire, le développement économique, la lutte contre le terrorisme et la gestion des crises humanitaires, suite notamment aux tremblements de terre qui ont secoué l’est et le nord du pays l’an dernier. Le pays a également absorbé 5,5 millions de retours d’Afghans depuis septembre 2023, souvent expulsés ou poussés à revenir depuis l’Iran et le Pakistan voisins.

La guerre contre les femmes

Le 8 mars, alors que la communauté internationale et des cortèges dans de nombreux pays célébraient la Journée internationale des droits des femmes, en Afghanistan, cette date souligne la tragédie vécue par les femmes et jeunes filles afghanes invisibilisées par les talibans. « Les politiques imposées au peuple afghan, en particulier en matière d’éducation des filles et des femmes, épuisent le capital humain considérable du pays », a déploré la cheffe de la MANUA.

« C’est un acte extraordinaire de préjudice non seulement contre les femmes et les filles afghanes, mais contre tout le peuple afghan ». Depuis le retour des talibans les adolescentes sont exclues de l’école secondaire et supérieure, et les femmes bannies de nombreux emplois publics. Les restrictions touchent désormais les employées afghanes travaillant pour les Nations Unies. « L’absence de ces employées prive les Nations Unies de leurs compétences et réduit notre capacité à apporter une aide vitale aux femmes afghanes », a insisté Georgette Gagnon.

Le FIFDH continue jusqu’au 15 mars 2026 – www.fifdh.org

Luisa Ballin est une journaliste Italo-suisse qui collabore régulièrement avec le magazine Global Geneva.