Combattants de la liberté par le dessin de presse
Quand le crayon résiste, la liberté persiste : la Fondation Freedom Cartoonists célèbre les dessinateurs de presse qui, au péril de leur liberté, dessinent le monde tel qu'il est.

Quand le crayon résiste, la liberté persiste : la Fondation Freedom Cartoonists célèbre les dessinateurs de presse qui, au péril de leur liberté, dessinent le monde tel qu'il est.

Proclamée par l'Assemblée générale des Nations Unies en 1993, le 3 mai est la Journée mondiale de la liberté de la presse, instituée pour mettre en lumière l'importance de la liberté d'expression et de la presse, l'un des piliers de la démocratie et des droits de l'Homme. Cette année, la Fondation Freedom Cartoonists décerne le Prix international du dessin de presse « Kofi Annan Courage in Cartooning Award » le 4 mai, à la Maison de la Paix à Genève.
Fondée et présidée par le dessinateur de presse Patrick Chappatte, la Fondation Freedom Cartoonists honore en 2026 la dessinatrice Safaa Odah (Palestine) et le dessinateur Jimmy « Spire » Ssentongo (Ouganda). Une exposition intitulée « Dessins pour la liberté » est par ailleurs visible sur le quai Wilson au bord du Léman jusqu'au 31 mai.
« Les trois sujets d'actualité illustrés par des artistes du monde entier sont : Les nouveaux empires, Gare à l'IA ! et Libertés attaquées », précise Marie Huezé, vice-présidente de la Fondation Freedom Cartoonists. Le 4 mai à 18h00, deux invités d'honneur livrent leur analyse d'observateurs avisés sur l'état de la démocratie aux États-Unis à six mois des élections de mi-mandat : Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, sera en dialogue avec Kenneth Roth, professeur invité à Princeton, ancien directeur exécutif de Human Rights Watch.
Dans un communiqué qui résume son engagement artistique et citoyen, Patrick Chappatte, fondateur et président de la Fondation Freedom Cartoonists, explique les buts de la fondation qu'il préside et le choix des lauréats de cette année. « Lorsque notre fondation suisse Cartooning for Peace s'est rebaptisée en 2020, afin de se distinguer de l'ONG française amie du même nom, nous avons choisi le mot « liberté », pour rappeler que les caricaturistes sont souvent des combattants de cette cause : des freedom fighters. Ou Freedom Cartoonists. Ce choix n'a jamais été aussi actuel. Depuis 2012, avec la Ville de Genève, nous décernons le Prix international du dessin de presse, en alternance avec Cartoonists Rights aux États-Unis. »
« En 14 ans – rappelle le dessinateur de presse genevois né d'un père jurassien et d'une mère libanaise –, nous avons vu les libertés reculer partout, jusque dans notre voisinage. Si bien qu'en 2022, le Kofi Annan Courage in Cartooning Award revenait à un citoyen de l'Union européenne. Harcelé et poursuivi, le dessinateur hongrois Gábor Papái nous avertissait : « Si vous votez pour les populistes, vous subirez vous aussi un recul démocratique ». Les élections du 12 avril dernier font espérer la fin de l'ère illibérale en Hongrie. Mais sa mise en garde continue de résonner aujourd'hui au pays de Trump. Attaques contre la presse, poursuites en milliards de dollars, peur des éditeurs : s'installe ce que ma consœur Ann Telnaes (membre de notre advisory board) appelle « l'obéissance à l'avance ». Dérive qu'elle a dénoncée en quittant avec fracas le Washington Post en janvier 2025, après le refus d'un dessin mettant en scène Trump et Jeff Bezos, propriétaire du journal. »
Et Patrick Chappatte d'ajouter : « Pour évoquer l'état de la démocratie américaine à six mois des midterms décisives, la Fondation Freedom Cartoonists reçoit cette année le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, en conversation avec Kenneth Roth, ex-directeur de Human Rights Watch et président du jury international qui a choisi les lauréats 2026 : « Spire », caricaturiste ougandais qui tient tête au pouvoir. Et Safaa Odah, dessinatrice palestinienne bloquée à Gaza, dont le travail poignant exprime une profonde humanité au cœur de l'enfer. La France lui a offert l'asile à travers un programme d'accueil, qui a été ensuite suspendu. En attendant que cette promesse soit tenue, Safaa dessine, parfois sur la toile de sa tente. Notre Prix 2026 est un appel à la liberté des dessinateurs et à sortir enfin Safaa de sa prison de ruines », souligne le président de la Fondation Freedom Cartoonists.
Un ouvrage passionnant illustre par ailleurs l'engagement en faveur de la visibilité des dessinatrices et dessinateurs de presse. Patrick Chappatte, ex-caricaturiste du New York Times, dessine aujourd'hui pour le Boston Globe, Le Temps, NZZ Am Sonntag, Le Canard enchaîné et La Tribune Dimanche. Il se produit également dans un seul-en-scène joué à guichets fermés dans plusieurs villes de Suisse romande et contribue régulièrement à l'émission 28 minutes sur Arte. Trois fois lauréat du prix du dessin de presse de l'Overseas Press Club of America, il s'associe ici à sa consœur Ann Telnaes, ex-caricaturiste du Washington Post, deux fois lauréate du prix Pulitzer du dessin de presse, récipiendaire du prix Reuben de la National Cartoonists Society et du prix Herblock pour la caricature éditoriale, publiant désormais sur Substack. Ensemble, ils dressent un constat alarmant dans « Censure en Amérique », ouvrage richement commenté et illustré, paru aux éditions Les Arènes en octobre 2025.
Ann Telnaes et Patrick Chappatte ont été longtemps les caricaturistes des plus grands titres de la presse américaine : elle a démissionné du Washington Post, il a été remercié par le New York Times. Dans cet ouvrage à deux voix et quatre mains, ces deux éminents artistes du neuvième art tentent de répondre à plusieurs questions par leurs paroles prémonitoires et leurs traits affûtés, et notamment : dans ces États-Unis qui dérivent vers l'autocratie, y a-t-il encore une place pour la satire politique ? Le Président Donald Trump y est dessiné « dans sa nudité ». Chappatte et Telnaes y dénoncent ainsi la censure grandissante, rappelant que « partout, lorsque le dessin de presse est attaqué, c'est que la démocratie va mal. » Et affirment avec talent et clairvoyance : « Il faut protéger les dessinateurs de presse et la satire politique, sinon la censure finira par s'appliquer à tout le monde. »
Luisa Ballin est une journaliste Italo-suisse qui collabore régulièrement avec le magazine Global Geneva.

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