Shyaka Kagame, le Rwanda au cœur

L'année 2026 marque le 32e anniversaire du génocide contre les Tutsis au Rwanda, en 1994. Si l'ONU a instauré une Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis, Shyaka Kagame, cinéaste genevois né de parents rwandais, porte sa réflexion sur le présent et l'avenir du pays qui lui est cher. Il présentera son second long-métrage documentaire intitulé IMIHIGO – Le serment rwandais ce jeudi 23 avril au Cinélux à Genève, puis dans différentes salles de Suisse romande. Nous l'avions rencontré en octobre dans le cadre des Rencontres Orient-Occident du Château Mercier à Sierre.
EDITION FRANCAISE: Le 7 avril dernier, trente-deux ans après le génocide contre les Tutsis au Rwanda, le Secrétaire général de l'ONU António Guterres a qualifié cette tragédie d'« un des chapitres les plus sombres de l'histoire de l'humanité », rappelant que plus d'un million de personnes ont été tuées en cent jours, en grande majorité des Tutsis, mais aussi des Hutus s'opposant aux massacres. En l'espace de cent jours, « des familles entières ont été brutalement anéanties ». Rendant hommage aux victimes et aux survivants, le chef de l'ONU a également reconnu « l'échec de la communauté internationale à répondre aux avertissements et à prendre des mesures immédiates pour sauver des vies ».
Shyaka Kagame n'oublie pas le passé douloureux du Rwanda. Par l'image et par les mots, il analyse lucidement le projet d'avenir et de développement du « pays des mille collines », situé en Afrique de l'Est et au relief spectaculaire. Étudiant en sciences politiques avant de se consacrer au cinéma, il a choisi, pour son deuxième long-métrage documentaire, de retourner dans un Rwanda en plein renouveau sociétal et de suivre les pas de trois personnes aux réalités bien différentes, toutes parties prenantes d'un même programme nommé Imihigo, une sorte de « compétition nationale du développement ». Richard, le maire, dispose d'une année pour achever la centaine d'objectifs fixés dans son district ; Innocent, l'agriculteur, veille à la mise en œuvre des programmes sociaux dans son village ; quant à Sandrine, la fonctionnaire issue de la diaspora, elle s'adapte à la culture de son pays d'origine.
Suisse et Rwandais
La carrière cinématographique de Shyaka Kagame a débuté en tant qu'assistant réalisateur auprès du cinéaste genevois Frédéric Baillif. En juin 2017, il réalise le film Bounty, qui reçoit des critiques élogieuses après avoir été présenté dans de nombreux festivals de cinéma. En juin 2023, il diffuse sa série audio Boulevard du Village Noir, coproduction de la Radio Télévision Suisse (RTS) et de Futur Proche. Dans ce documentaire en six épisodes, primé aux Swiss Press Awards 2024, le réalisateur revient sur une agression raciste vécue à Genève en 2020 et retrace l'histoire de la présence noire en Suisse, en abordant les imaginaires racistes qui se sont construits et ont persisté au sein de la placide Helvétie.
Pour Shyaka Kagame, né à Genève en 1983, le Rwanda est un élément essentiel de son identité. « Je me sens Suisse et Rwandais », m'avait-il confié lors de notre rencontre dans le cadre des Rencontres Orient-Occident du Château Mercier à Sierre, en octobre dernier. « Il y a un cercle familial et une culture familiale, comme pour la plupart des personnes dont les parents sont originaires d'un autre pays que celui dans lequel on grandit. »
La Suisse a quelque chose de particulier avec ses régions linguistiques, ses cantons, ses manières différentes d'être et de vivre. « Genève est une ville internationale. J'ai grandi dans des quartiers avec de nombreuses nationalités et cela a un réel impact sur ma manière de percevoir mon identité. Je me sens même probablement plus Genevois que Suisse. Il faut dire qu'en Suisse, on a souvent tendance à faire référence au canton avant de parler de l'identité nationale en tant que telle. »
Fils de réfugiés politiques rwandais ayant fui les pogroms anti-tutsis de 1959, Shyaka Kagame a nourri très tôt un rapport fort à son pays d'origine. « Lorsque j'étais enfant, nous ne pouvions pas nous rendre au Rwanda et allions visiter la famille de ma mère, réfugiée au Burundi. Le Rwanda avait pour nous un côté mythique, empreint d'une forte nostalgie, une sorte d'obsession pour ce pays que mes parents avaient quitté enfants. Je me souviens même qu'un jour au Burundi, nous étions allés jusqu'à la frontière pour regarder le Rwanda. »
Souvenirs. Sensations. Émotions. « J'avais douze ans la première fois que je suis allé au Rwanda, en 1995, juste après le génocide. Je me souviens que j'étais ému en descendant de l'avion. Le pays sortait à peine de l'apocalypse. On ne pouvait pas marcher dans l'herbe parce qu'il pouvait y avoir des mines. Il y avait des impacts de balles dans les murs, dans les fenêtres, des gens amputés. Bien sûr, c'était une expérience marquante pour un gamin de Genève. Cela a sûrement contribué à renforcer mon lien au pays. »
Durant les trois décennies qui ont suivi, le cinéaste est retourné à intervalles réguliers au Rwanda, où vit son père, et il partage désormais sa vie entre Genève et Kigali. Il a pu être témoin de l'impressionnante reconstruction du pays.
« Jusqu'à maintenant – et c'est plutôt compréhensible –, rares sont les films sur le Rwanda dans lesquels le génocide des Tutsis n'occupe pas une place centrale. Mais ce que je voulais faire, c'était brosser le portrait du pays que je vois se rebâtir depuis 32 ans, dans ce que j'appelle une sorte d'urgence frénétique du développement. »
C'est ce qu'il réalise à travers le suivi choral des trois protagonistes d'IMIHIGO – Le serment rwandais, un film explorant de l'intérieur les méthodes innovantes d'un pays africain décidé à définir lui-même les contours de son développement.
À voir – Film documentaire
IMIHIGO – Le serment rwandais
SCÉNARIO ET RÉALISATION SHYAKA KAGAME IMAGE CAMILLE COTTAGNOUD / SAMUEL ISHIMWE SON EUGÈNE SAFALI / XAVIER NSENGIYUMVA MONTAGE JANINE WAEBER MONTAGE SON ET MIXAGE ÉTIENNE CURCHOD MUSIQUE L'HOUCINE ATMANI PRODUCTION FLORENCE & MARIE-PIERRE ADAM AVEC LES SOUTIENS DE L'OFFICE FÉDÉRAL DE LA CULTURE (OFC) / CINÉFOROM / LA LOTERIE ROMANDE / FONDS CULTUREL SUISSIMAGE AVEC LA PARTICIPATION DE JMH DISTRIBUTIONS UNE PRODUCTION JMH & FILO FILMS
La première romande, en présence de l'équipe du film, aura lieu au cinéma Cinélux de Genève le jeudi 23 avril à 20h30.
📍 Genève – Cinélux
- Jeudi 23 avril / 20h30 (première)
- Vendredi 24 avril / 20h30
- Samedi 25 avril / 18h30 Le film sera ensuite à l'affiche en séances régulières au Cinélux.
📍 Fribourg – Cinéma Rex
- Mardi 28 avril / 20h15
📍 Sainte-Croix – Cinéma Royal
- Dimanche 3 mai / 17h30
📍 Yverdon – Cinéma Bel-Air
- Mardi 5 mai / 18h00
📍 Morges – Cinéma Odéon
- Mardi 5 mai / 20h15
📍 Lausanne – Zinéma
- Jeudi 7 mai / 19h00
Luisa Ballin est une journaliste Italo-suisse qui collabore régulièrement avec le magazine Global Geneva.
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