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Selon l’ONU, le bonheur peut être mesuré

Luisa Ballin·Jan 3, 2026·8 min read

EDITION FRANCAISE: Dans un monde secoué par des tragédies, peut-on mesurer et définir le bonheur ? Depuis 2012, sous l’égide de l’ONU, un Rapport mondial sur le bonheur (World Happiness Report) classe les pays selon le ressenti de leurs habitants.

En 2012, la résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 20 mars Journée internationale du bonheur et du bien-être, proposée par le Gouvernement du Bhoutan, État qui privilégie depuis les années 1970 l'indice du bonheur national à celui de Produit Intérieur Brut (PIB) allant plus loin que le simple paradigme économique.

« Il est où le bonheur », chante l’auteur-compositeur-interprète et musicien français

Christophe Maé. En 2025, et pour la huitième fois, la Finlande a été considérée le pays le plus heureux du monde, selon l’indice onusien, devant le Danemark, l’Islande, la Suède et les Pays-Bas. Avec la Norvège, les nations nordiques trustent les premières places du classement grâce à leurs systèmes de santé et d’éducation, leur confiance dans les institutions démocratiques et leur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Sont également pris en compte des facteurs tels que l’espérance de vie en bonne santé, le sentiment de liberté, la générosité et la perception de la corruption.

La Suisse pointe à la 13ème place, les habitants de la placide Helvétie ayant l’impression de vivre mieux que dans les pays voisins, tels que l’Allemagne qui figure au 22e rang, la France au 33e ou l’Italie au 40e. Le Royaume-Uni se classe 23e suivi par les États-Unis 24e. Fait intéressant, le Costa Rica et le Mexique figurent pour la première fois dans les dix premiers pays où les habitants se sentent heureux.

L’Afghanistan, ravagé par une catastrophe humanitaire depuis le retour au pouvoir des talibans et leur politique inhumaine envers les femmes et les jeunes filles, est considéré le pays le plus malheureux du monde, selon des sondages mondiaux qui mesurent le bien-être des citoyennes et citoyens.

Le pays du bonheur possible

Un État a décidé depuis les années 1970 de privilégier le Bonheur national brut à celui de Produit Intérieur Brut (PIB) : le Bouthan. Comme l’écrit la journaliste canadienne Christiane Berthiaume dans son ouvrage Le pays du bonheur possible (éditions Rémanence 2024) ce pays de la taille de la Suisse qui compte moins de 800 000 habitant n’a jamais été colonisé.« Il n’est pas confortable d’être un petit pays enclavé, sans aucune ouverture maritime, coincé entre le tigre et l’éléphant, entre ces deux adversaires de taille que sont la Chine et l’Inde. Il faut beaucoup de doigté et de fine intelligence diplomatique pour éviter le pire, pour ne pas se faire engloutir comme l’ont été le Sikkim, le Ladakh ou encore le Mustang. Pouvoir demeurer encore aujourd’hui le seul et dernier royaume de l’Himalaya est un exploit. »

Autre rappel de la journaliste, qui a été également porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) puis du Programme alimentaire mondial (PAM), le Bhoutan est également un pays qui ne connait pas de conflits religieux. Sa population est homogène, d’obédience bouddhiste, avec 25% d’Hindous aujourd’hui intégrés. Cette homogénéité ne s’est pas faite sans heurts avec une partie de la population d’origine népalaise expulsée ou fuyant la violence dans les années 90.

Le chauffeur de taxi qui la conduit vers la capitale Thimphou expliquait à Christiane Berthiaume que l’industrie du tourisme méritait d’être d’autant plus prise en considération qu’elle représente la deuxième source de revenus de ce pays après l’énergie hydroélectrique. Selon l’anthropologue française Françoise Pommaret, qui vit au Bhoutan depuis 1981, citée dans le livre, ce pays a sauté du Moyen-Âge à l’âge moderne, avec un succès qui lui a permis de passer de la classification de pays extrêmement pauvre à celui de pays moyennement développé.

« Le pays est littéralement passé de l’écriture à la main à l’ordinateur. Il a à peine connu la machine à écrire. Il a bien failli entrer dans le XXIe siècle sans internet, sans télévision. Ces deux outils importants de la modernité n’ont fait leur apparition qu’en 1999...Il n’a jamais eu accès ni connu le téléphone fixe. Il est passé directement au téléphone portable en 2005. »

Pour l’anthropologue française, le Bhoutan « est unique parce que, malgré la modernité, il a su garder ses valeurs de compassion, de bonté, d’intérêt pour les autres, parce que l’harmonie qui existe au sein de la population est maintenue et encouragée par les autorités et par le roi, parce que la monarchie a été et est toujours un facteur de changement, parce que c’est elle qui a doté le pays de la démocratie. »

L’originalité du Bhoutan a été de placer le bien-être de la population avant la croissance économique à tout prix. Un ami bhoutanais de la journaliste canadienne, après avoir voyagé en Europe et aux États-Unis, évoque dans l’ouvrage « la qualité de vie au Bhoutan comme nulle part ailleurs. Nous sommes raisonnablement heureux. » Pour réussir cela, « il faut une bonne gouvernance, une absence totale de corruption et un développement sans inégalités sociales », sans oublier le respect de l’environnement. C’est grâce à ses forêts, véritables poumons d’air pur, que le Bhoutan peut se vanter d’être le seul au monde à avoir un bilan carbone (CO2) négatif.

Christine Berthiaume note n’avoir pas vu de mendiants dans les rues ni de personnes sans domicile fixe. Pas de réseau de mendicité comme dans l’Inde voisine, ni de système de caste. « Il n’y a pas de superflu. Les gens ont un toit où dormir et de quoi manger. On ne voit pas des parents retirer leurs enfants de l’école pour les faire travailler et rapporter un salaire dont ils ont besoin pour les nourrir. Les écoles sont gratuites partout et des soins de santé de qualité sont également gratuits. »

Cette terre de mystère et de beauté, n’est pas exempte de difficultés comme des moments d’insécurité alimentaire en période d’hiver, de chômage, surtout chez les jeunes, et de graves problèmes d’alcoolisme. Pour la journaliste canadienne, « le Bhoutan n’apporte pas toutes les réponses aux questions que l’on peut se poser. Mais il n’en reste pas moins une source d’inspiration. »

Comme le chante Christophe Maé : « C’est une bougie le bonheur. Ris pas trop fort d’ailleurs, tu risques de l’éteindre ».

Luisa Ballin est une journaliste italo-suisse accréditée à l’ONU, correspondante du magazine Global Geneva/Italo-Swiss journalist Luisa Ballin is a contributing editor of Global Geneva magazine.

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