EDITION FRANCAISE: Un livre au titre emblématique Témoin de Gaza - Ce qui ne s’efface pas (Favre 2026) permet aux générations actuelles et futures de connaître depuis l’intérieur des méandres de l’ONU ce que fut et reste la guerre à Gaza et ses conséquences mondiales. Son auteur, Philippe Lazzarini, commissaire général de l’UNRWA de 2020 à 2026, participe ce samedi 17 octobre à une discussion après la projection du film Il était une fois Gaza, de la réalisatrice Tamara Erde, en présence également de Nago Humbert, dans le cadre des Rencontres Orient Occident à Sierre.
Le 1er avril 2020, Philippe Lazzarini prenait ses fonctions de Commissaire général de l’UNRWA, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine devenue une cible politique notamment pour le gouvernement dirigé par le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.
Ce récit personnel, journal diplomatique et analyse géopolitique du citoyen suisse avec le plus haut grade dans la hiérarchie onusienne jusqu’à la fin de son mandat cette année, décrit la situation humanitaire épouvantable à Gaza, la destruction des infrastructures civiles, les attaques des travailleurs humanitaires, des médecins et des journalistes. Et relate comment l’ONU, et plus particulièrement son Conseil de sécurité, a progressivement renoncé à une partie de sa mission historique de maintien de la paix et de défense du droit international.
Dans son ouvrage qui fera date, Philippe Lazzarini rappelle les circonstances et prémices du conflit israélo-arabe, la création de l’État d’Israël, les guerres entre Israël et des contingents armés d’Égypte, Jordanie, Irak, Liban, Syrie, Yémen et Arabie saoudite ayant pénétré sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire, l’exode de 700 000 Palestiniens et la naissance de l’UNRWA, le 29 novembre 1947, par l’adoption de l’Assemblée générale des Nations Unies de la résolution 181 au sujet de la Palestine sous mandat britannique. Résolution qui fut à l’origine du programme de Secours des Nations Unies aux réfugiés de Palestine.
Au cœurde la tempête. Attente et anxiété. Sauver l’UNRWA. La dernière réunion. Des finances asséchées. Mourir de vouloir vivre. Un nouveau plan de paix. L’abdication. Un horizon. Des titres de chapitres explicites parmi ceux rédigés par Philippe Lazzarini pour documenter la tragédie sans fin vécue par la population civile palestinienne. Et qui perdure.
Dans cet ouvrage essentiel, il n’oublie pas d’évoquer le funeste samedi 7 octobre 2023. « Je découvris avec stupeur et effroi, comme le reste du monde, l’ampleur d’une attaque lancée depuis Gaza sur le territoire israélien par des centaines de miliciens armés du Hamas et du Jihad islamique. Ils venaient de traverser l’une des frontières les mieux surveillées au monde. Le pire massacre d’Israéliens depuis la création de l’État se déroulait, des scènes insoutenables défilant en continu sur les réseaux sociaux ».
Le bilan des morts en Israël ne cessa de s’alourdir tout au long de la journée du 7 octobre, passant de 22 à plus de 200. Il fut aggravé le lendemain avec l’ampleur du massacre perpétré au festival de musique Nova. Le chiffre de 1200 morts et plus de 240 otages emmenés à Gaza est cité.
« Cette journée, la plus sombre de l’histoire d’Israël depuis sa création, provoqua une onde de choc, laissant derrière elle un profond traumatisme. Elle allait être suivie d’une réponse brutale, sans merci, lourde de vengeance. La guerre qui se perpétrait ne ressemblerait en rien aux précédentes », écrit le commissaire général de l’UNRWA de 2020 à 2026. « Dès le 7 octobre, les avions de combat israéliens bombardèrent sans relâche le nord de la bande de Gaza.
En l’espace d’une semaine, 1 million de personnes furent déplacées, dont 400 000 dans nos installations. Les ordres d’évacuation se multipliaient. Dans la nuit du 13 octobre, l’armée israélienne ordonna aux habitants de la ville de Gaza et des banlieues du nord d’évacuer vers le sud ».
L’enfer vécu par des femmes, enfants et personnes âgées à Gaza était en partie oublié par nombre de dirigeants de la communauté internationale. « Comme si le sacrifice de Gaza et de sa population était le prix à payer pour assouvir le besoin de vengeance d’Israël...comme si le récit dominant ne tolérait pas qu’une autre souffrance puisse se comparer à celle des Israéliens », note Philippe Lazzarini.
Et le diplomate suisse d’ajouter : « Peu de dirigeants, en dehors de la région, appelèrent à la modération. Aucun, durant cette première semaine, ne rappela la nécessité de respecter le droit international. Le président Biden lui-même, dans son discours du 10 octobre, ne fit aucune mention de Gaza. Le permis de tuer fut total, du moins durant cette première phase. Face à ce silence ahurissant et la mise à l’écart de journalistes internationaux, l’UNRWA – une organisation de développement humain – devint le principal témoins d’événements que beaucoup auraient souhaité maintenir à huis clos ».
Face au drame continu vécu par la population civile de Gaza, un cessez-le-feu fut finalement conclu entre le gouvernement israélien et le Hamas pour suspendre les opérations militaires dans la bande de Gaza et faciliter l’échange d’otages et de prisonniers. Il entra en vigueur le 10 janvier 2025 et avec lui, les convois d’assistance reprirent.
Les sites de la Fondation humanitaire de Gaza furent démantelés, et les Nations Unies reprisent l’initiative de la distribution. « Près de 2500 personnes avaient été tuées dans l’indignité la plus totale alors qu’elles cherchaient à survivre. Elles s’ajoutaient à la liste de près de 70 000 personnes tuées depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé de Gaza. Ces chiffres, régulièrement contestés et accusés de relayer la propagande du Hamas, furent finalement validés par un haut responsable militaire israélien lors d’une rencontre avec la presse quelques mois plus tard (le 29 janvier 2026) : Il ajouta que ce chiffre ne comprenait pas les personnes disparues sous les décombres », souligne Philippe Lazzarini.
Le cessez-le-feu, au lieu d’apporter du répit et de l’espoir à la population, continuait de compter ses morts au quotidien. En août 2026, l’UNICEF titrait : « Un enfant par jour : l’illusion mortelle du cessez-le-feu à Gaza » en faisant état d’au moins 300 enfants tuées en 300 jours.
Le commissaire général de l’UNRWA de 2020 à 2026 évoque l’abdication du Conseil de sécurité de l’ONU face à la tragédie de la population de Gaza, lors de la présentation de son rapport annuel à la Quatrième Commission de l’Assemblée générale. Le sujet du moment était, dans le New York diplomatique, la résolution 2803, censée adouber le plan de paix proposé par le président Trump, ainsi que son « comité pour la paix ».
Selon Philippe Lazzarini, « D’intenses pressions furent exercées sur les pays arabes et musulmans, ainsi que sur les membres du Conseil de sécurité qui, sur le principe étaient tous en faveur d’un plan susceptible de ramener la paix dans la région. Leurs démarches pour amender le texte dans l’esprit de la Déclaration de New York et de toutes les précédentes résolutions des Nations unies sur la question de la Palestine échouèrent...
Il y régna une atmosphère de capitulation face à cette force d’intimidation, y compris parmi les membres du Conseil de sécurité qui, comme pour s’en convaincre, affirmaient dans les réunions bilatérales qu’il valait mieux adopter cette résolution que de voir le conflit reprendre, comme l’avaient menacé les États-Unis si elle devait être rejetée par un véto ».
En votant en faveur de la résolution, le Conseil de sécurité venait de transférer sa prérogative en matière de paix et de sécurité à une entité vaguement définie dans le plan de paix, dont la composition restait inconnue. Pour Philippe Lazzarini, « Ce comité garderait par ailleurs un lien de subordination lâche avec le Conseil de sécurité, sans véritable reddition de comptes. Je fus perturbé, et sortais de mes réunions abasourdi.
Quelque chose de fondamental était en train de se produire à New York : un précédent dans l’histoire du multilatéralisme ». Et de confier que « comme le rapporta un diplomate ayant participé aux négociations du texte, nous venions d’assister à un Conseil de sécurité décidant de s’auto-exclure d’un dossier majeur de paix et de sécurité. La diplomatie, au lieu de l’ambiguïté constructive dans laquelle elle excellait, s’aventura dans une ambiguïté destructrice ».
Le constat de Philippe Lazzarini est sans appel. « Mon mandat se termina avec la même polarisation rencontrée tout au long de ces dernières années. L’ambassadeur des États-Unis à New York publia sur les réseaux sociaux un cinglant « bon débarras », amplifié par le représentant permanent israélien, Danny Danon.
Ceux qui cherchaient à criminaliser l’action humanitaire, dans ce que je ne pouvais comprendre que comme une volonté de protéger les responsables d’actes génocidaires, lancèrent même une campagne visant à lever mon immunité diplomatique afin de me poursuivre pour crime de guerre.
Le secrétaire général (de l’ONU, ndlr), de nombreux partenaires et des ministres de pays donateurs, quant à eux, saluèrent mon intégrité, soulignant que j’avais incarné une action humanitaire impartiale, indépendante, neutre et humaine, et que je n’avais cessé de défendre le multilatéralisme. La Suisse officielle, de son côté, se tut ».
La Suisse qui, faut-il le rappeler, est dépositaire de 75 traités internationaux, dont les Conventions de Genève qui constituent le socle du droit international humanitaire.
Luisa Ballin est une journaliste italo-suisse accréditée à l’ONU, correspondante du magazine Global Geneva/Italo-Swiss journalist Luisa Ballin is a contributing editor of Global Geneva magazine.
À lire :
Témoin de Gaza - Ce qui ne s’efface pas, par Philippe Lazzarini, commissaire général de l’UNRWA de 2020 à 2026 (Favre, 2026).
À voir :
Samedi 17 octobre à 14h au Cinéma Le Bourg à Sierre, dans le cadre des Rencontres Orient-Occident
Il était une fois Gaza, film de Tamara Erde. France-Belgique 2026. 90 minutes. Projection suivie d’une discussion avec la réalisatrice, Philippe Lazzarini et Nago Humbert.
Dédicaces de son livre par Philippe Lazzarini :
Payot Genève Cornavin : vendredi 16 octobre à 17h30-19h00.
Payot Sierre : samedi 17 octobre à 11h00.
Rencontre avec Philippe Lazzarini :
Jeudi 29 octobre à 18h30, UNIMAIL Genève. Animée par Caroline Abu Sa’da, en collaboration avec l’Institut des Cultures Arabes et Méditerranéennes (ICAM).