Jean Ziegler ou l’espoir d’une société civile planétaire

EDITION FRANCAISE (FOR ENGLISH VERSION PLEASE SCROLL DOWN)
Décès de Jean Ziegler, après une vie d'engagement
Le sociologue Jean Ziegler, auteur de nombreux ouvrages à succès, Docteur en droit et en science politique, sociologue, professeur à l’Université de Genève, député au Parlement suisse et haut fonctionnaire international est décédé ce matin à Genève à l’âge de 92 ans. Nous reproduisons l’article de Luisa Ballin qui avait paru sur le site geneveMonde.ch
Republié avec l'aimable autorisation de www.genevemonde.ch/Republished with kind permission LINK
Il est l’une des personnalités suisses les plus connues sur le plan national et international. Le sociologue Jean Ziegler, auteur de nombreux ouvrages à succès, Docteur en droit et en science politique, sociologue, professeur à l’Université de Genève, député au Parlement suisse et haut fonctionnaire international, ne cache pas son inquiétude concernant l’effondrement de l’ONU. Mais il garde l’espoir que représente la société civile pour lutter en faveur d’un monde plus juste, ravagé aujourd’hui par le capitalisme financier, la violence, les guerres, les injustices sociales et la faim.
Jean Ziegler est un intellectuel incontournable et un fin connaisseur des arcanes onusiennes. Admiré ou décrié, le sociologue résidant dans la cité de Calvin depuis près de 60 ans ne laisse personne indifférent. Son réseau de contacts est impressionnant puisqu’il a côtoyé révolutionnaires, dirigeants politiques, diplomates, philosophes, étudiants de tous continents, et même banquier et avocat de renom. À 91 ans, quelque peu affaibli par la maladie, il garde une lucidité, un engagement, un sens de l’Histoire et de la répartie sans faille ainsi que sa légendaire indignation face aux injustices.
Sa prise de conscience des inégalités sociales est née lorsqu’il était adolescent et elle continue de l’habiter. Après un diplôme de droit en Suisse, il part pour Paris, puis à New York afin de poursuivre ses études. Ses livres, traduits en plusieurs langues, rencontrent un grand succès et ses interventions enflammées lors de débats et dans les médias sont ses armes de conviction massive. Il a fait de sa vie un roman passionnant. L’homme est écouté, toujours révolté, jamais résigné, comme l’atteste le documentaire du réalisateur Nicolas Wadimoff «Jean Ziegler : l’optimisme de la volonté».

Jean Ziegler recu a Cuba. Image de documentaire du réalisateur Nicolas Wadimoff (2016)
Chauffeur de Che Guevara à Genève
Lors des entretiens qu’il m’a accordés et dans ses nombreux ouvrages, dont le plus récent intitulé «Où est l’espoir ?» (Seuil, 2024), quelques temps forts de son parcours sont inoubliables. Comme lorsqu’il évoque la rencontre qui l’a marquée avec Ernesto Che Guevara, le charismatique révolutionnaire argentin, ministre de l’Industrie de Cuba, dont il fut le chauffeur lors du bref séjour du Che à Genève où il participait à une conférence de la CNUCED en 1964. La phrase qu’il a dite au jeune Suisse qui voulait le suivre sur les chemins de la révolution est célèbre : «Tu vois cette ville. C’est le cerveau du monstre. C’est là que tu es né, c’est là que tu dois combattre».

En avril 1964, l'équipe de l'émission Point, conduite par le journaliste Jean Dumur, rencontre Ernesto «Che» Guevara à l'Hôtel Intercontinental
Autre moment culte lorsque, après ses études de droit à Berne et à Genève (1953–1956), Jean Ziegler, alors étudiant en droit et en sociologie à Paris (dès 1956), inscrit à la section Clarté du Parti communiste, rencontre Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. À son retour du Congo, corrigeant l’article commandé par les deux philosophes pour leur revue Les Temps Modernes, que le jeune Suisse né à Thoune avait signé Hans Ziegler, Simone de Beauvoir décrète que dorénavant il signera Jean Ziegler.

Avec Simone de Beauvoir, à la revue Les Temps modernes, coll. J. Ziegler
L’insurrection des consciences
Rencontre importante aussi, quand, étudiant la sociologie à New York en 1959, le Genevois d’adoption fait la connaissance de son colocataire Elie Wiesel, ami qui obtiendra, en 1986, le Prix Nobel de la Paix. Jean Ziegler est un homme qui établit des contacts avec bonheur et son expertise à nouer des alliances, y compris avec des personnes ne partageant pas ses idées, est reconnue.

En 1963, sur le plateau de l’émission A livre ouvert, Jean Ziegler expose le fonctionnement de la domination blanche dans l’Afrique…
Sa trajectoire professionnelle est riche : doctorat en droit, avocat au barreau de Genève, habilitation en sociologie, assistant au Congo et au Burundi pour l’ONU en 1961, professeur extraordinaire (1972–1977), puis ordinaire de sociologie (1977–2002) à Genève, il a également enseigné à l’Institut universitaire d’études du développement (IUED) ainsi qu’aux universités de Berne, Grenoble et Paris I, ne cessant de prôner «l’insurrection des consciences».
Le parcours de Jean Ziegler avec l’ONU date de l’époque où il avait côtoyé le Secrétaire général des Nations Unies Dag Hammarskjöld. Il me l’a expliqué non sans émotion. «Le 30 juin 1960, le Congo devient indépendant et Patrice Lumumba est nommé Premier ministre.

Illustration de Couverture. Patrice Lumumba à Bruxelles, 26 janvier 1960 (Herbert Behrens, Nationaal Archchief NL Wikipedia)
(Herbert Behrens, Nationaal Archchief NL Wikipedia)
La province minière du Katanga fait sécession le 11 juillet 1960. Le chaos s’installe. Dag Hammarskjöld décide alors pour la première fois, de prendre l’administration de tout un pays et la création d’une armée internationale, les Casques bleus, pour réintégrer le Katanga au Congo. L’ONU recrute alors des personnes francophones, à la condition qu’elles ne soient ni belges, ni françaises, à cause du passé colonial. Il restait les Haïtiens, les Canadiens et les Suisses».
«J’ai été recruté et je suis devenu pendant deux ans l’assistant de Brian Urquhart, le Représentant spécial de Dag Hammarskjöld à Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa, et Elisabethville (aujourd’hui Lumumbashi). Pour mon premier poste, j’étais junior expert au Congo où le Secrétaire général de l’ONU est venu plusieurs fois pour négocier avec les Katangais. Je l’écoutais dans le bureau de Brian Urquhart».
À cette époque, l’ONU bénéficiait de l’aura d’une puissance mondiale et le courageux Suédois Dag Hammarskjöld en était le deuxième Secrétaire général, de 1953 à 1961, après le Norvégien Trygve Halvdan Lie. Hammarskjöld mourra en 1961 dans un crash aérien dont les causes n’ont jamais vraiment été élucidées. Le Prix Nobel de la Paix lui sera décernée l’année de sa mort à titre posthume.
Lors de notre entretien, Jean Ziegler m’avait confié partager l’hypothèse que le journaliste Maurin Picard a développée dans son livre très bien documenté intitulé «Ils ont tué Monsieur H» paru au Seuil en 2019. «Je pense que l’hypothèse de l’assassinat du Secrétaire général de l’ONU est plausible. Je peux témoigner de la haine des pouvoirs katangais et des Occidentaux à l’égard d’Hammarskjöld, y compris des dirigeants de la Belgique, des États-Unis et de la France, qui ont soutenu la sécession du Katanga. Nous étions à l’époque de la Guerre froide et Patrice Lumumba, devenu Premier ministre du Congo en 1960, était considéré par les Occidentaux comme un agent de Moscou. Lumumba a été abattu par des mercenaires».
Le risque d’effondrement des Nations Unies
Aujourd’hui l’ONU ne jouit plus du prestige d’alors et est parfois marginalisée y compris par des États membres qui la composent. Dans son dernier ouvrage «Où est l’espoir ?» Jean Ziegler, qui connaît le système onusien de l’intérieur pour y avoir longtemps œuvré, écrit : «Pour lutter victorieusement contre l’ordre cannibale du monde, l’existence d’un ordre normatif international est indispensable. L’ordre cannibale c’est la loi du plus fort, l’arbitraire du marché débridé, les inégalités, la misère et l’aliénation…Seule la loi peut maîtriser l’effroyable violence du capital».
L’ancien Rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation, qui prône «une solidarité sans faille avec les centaines de milliers d’êtres humains qui subissent la destruction par la faim», rappelle que «l’ONU a été fondée sur trois principes : le respect des droits de tout être humain sur la planète ; le développement équitable, soit la redistribution des richesses et la lutte contre la misère ; la mise en place d’une sécurité collective par l’action coordonnée de tous les membres de l’organisation. Ce qui implique le refus de toute agression d’un État par un autre».
Et Jean Ziegler d’appeler à une réforme indispensable de l’ONU, comme l’avait fait l’ancien Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, qui avait proposé le nom du sociologue suisse au poste de Rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation : «Le choix est simple : ou bien cette réforme voit le jour, et dans ce cas l’ONU peut renaître et exercer les compétences et les devoirs que la Charte lui confère, notamment en matière de sécurité collective ; ou bien nous allons à l’échec».
L’ONU étant en danger d’effondrement, notamment à cause de la paralysie de son Conseil de sécurité et les intérêts des cinq membres permanents disposant du droit de véto, que faire pour contribuer à sauver un monde qui a perdu son humanité où le Droit international est bafoué sous toutes les latitudes ? «En soutenant un nouveau sujet de l’histoire qui est en train de naître : la société civile planétaire», me dit Jean Ziegler lorsque j’ai été chaleureusement conviée à un déjeuner organisé dans leur maison par son épouse Erica Deuber-Ziegler.
«Cette société civile qui se dresse contre l’idéologie absurde du néolibéralisme triomphant, dans un combat engagé depuis plusieurs décennies», écrit l’infatigable défenseur des luttes pour les droits humains, faisant écho aux premières phrases du Préambule de la Charte des Nations Unies : «Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine, a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances, à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites, à créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international, à favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande…avons décidé d’associer nos efforts pour réaliser ces dessins».
À lire : Où est l’espoir, par Jean Ziegler (Ed. du Seuil, 2024).

Nelson Mandela et Jean Ziegler, une solidarité politique et idéologique contre l’apartheid, coll. J. Ziegler
Jean Ziegler, une vie d’engagement
Membre du Conseil exécutif de l’Internationale socialiste, il a enseigné la sociologie à l’Université de Genève et de Paris I Panthéon-Sorbonne (1972–2002), a été conseiller municipal à Genève (1963–1967), conseiller national au Parlement suisse (1967–1983 et 1987–1999), membre du comité directeur du Parti socialiste suisse et du Conseil exécutif de l’Internationale socialiste. Il a, à deux reprises, été actif au sein du système onusien : dans sa jeunesse en tant qu’assistant de Brian Urquhart, représentant au Congo de Dag Hammarskjöld, Secrétaire général de l’ONU (1961–1962) ; à la retraite, il a été le premier Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation (2000–2008), puis vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU (2009–2019). Intellectuel engagé, parfois contesté, il évoque l’effondrement de l’ONU, malgré le travail constant de ses agences humanitaires sur le terrain, et l’espoir que représente la société civile planétaire.
Sur ses deux engagements à l’ONU, voir ses livres autobiographiques : Le Bonheur d’être suisse (Ed. du Seuil, 1993, rééd. 2016) et Chemins d’espérance (Ed. du Seuil, 2016).
Publié par geneveMonde — 26 août 2025
ENGLISH TRANSLATION with support provided by Claude.ai
Jean Ziegler and the Hope of a Global Civil Society
By Luisa Ballin
Cover image: portrait of Jean Ziegler, from the documentary by Nicolas Wadimoff “Jean Ziegler: The Optimism of the Will” (2016)
He is one of Switzerland’s most prominent figures at home and abroad. Sociologist Jean Ziegler — prolific author, Doctor of Law and Political Science, professor at the University of Geneva, former member of the Swiss Parliament and senior international civil servant — makes no secret of his alarm at the unravelling of the United Nations. Yet he keeps faith in the potential of civil society to fight for a more just world, one ravaged today by financial capitalism, violence, wars, social injustice and hunger.
Jean Ziegler is an unavoidable intellectual figure and an astute connoisseur of the inner workings of the UN system. Admired by some, reviled by others, this sociologist who has lived in Calvin’s city for nearly sixty years leaves no one indifferent. His network of contacts is remarkable: he has rubbed shoulders with revolutionaries, heads of state, diplomats, philosophers, students from every continent, and even prominent bankers and lawyers. At 91, somewhat weakened by illness, he retains undiminished clarity, commitment, a sure sense of history and a biting wit — along with his legendary outrage at injustice.
His awakening to social inequality came in adolescence and has never left him. After a law degree in Switzerland, he moved to Paris and then New York to continue his studies. His books, translated into multiple languages, have been widely read, and his impassioned performances in debates and in the media have long served as weapons of mass persuasion. He has turned his life into a gripping novel. The man is listened to — always indignant, never resigned — as Nicolas Wadimoff’s documentary “Jean Ziegler: The Optimism of the Will” so vividly confirms.
Che Guevara’s Driver in Geneva
In the interviews he gave me, and throughout his many books — the most recent of which is “Where Is the Hope?” (Seuil, 2024) — certain episodes from his life stand out as unforgettable. Chief among them is his account of the encounter that shaped him: meeting Ernesto Che Guevara, the charismatic Argentine revolutionary and Cuba’s Minister of Industry, for whom Ziegler served as driver during the Che’s brief visit to Geneva for a UNCTAD conference in 1964. The words Guevara addressed to the young Swiss who wanted to follow him onto the barricades have become famous: “You see this city. It is the brain of the monster. This is where you were born, and this is where you must fight.”
Another defining moment came when, after studying law in Berne and Geneva (1953–1956), Ziegler was a law and sociology student in Paris from 1956, enrolled in the Communist Party’s Clarté branch, and met Jean-Paul Sartre and Simone de Beauvoir. On his return from the Congo, he submitted an article to their journal Les Temps Modernes, signed under his birth name Hans Ziegler. De Beauvoir, editing his piece, decreed that henceforth he would sign himself Jean Ziegler.
With Simone de Beauvoir at the offices of Les Temps modernes, from J. Ziegler’s personal collection
The Insurrection of Consciences
There was another significant meeting: when studying sociology in New York in 1959, the adopted Genevan befriended his flatmate Elie Wiesel, who would go on to receive the Nobel Peace Prize in 1986. Jean Ziegler is a man who forges connections with ease, and his talent for building alliances — including with those who hold very different views — is widely acknowledged.
His professional career is rich: a doctorate in law, admission to the Geneva bar, a habilitation in sociology, UN assignments in the Congo and Burundi in 1961, then extraordinary (1972–1977) and full (1977–2002) professor of sociology in Geneva. He also taught at the Graduate Institute of Development Studies (IUED) and at the universities of Berne, Grenoble and Paris I, all the while championing what he calls “the insurrection of consciences.”
Ziegler’s relationship with the UN goes back to his days alongside Secretary-General Dag Hammarskjöld, which he recounted to me with evident emotion. “On 30 June 1960, the Congo became independent and Patrice Lumumba was named Prime Minister. The mineral-rich province of Katanga seceded on 11 July 1960. Chaos ensued. Hammarskjöld then took the unprecedented step of placing an entire country under UN administration and creating an international army — the Blue Helmets — to reintegrate Katanga into the Congo. The UN needed French speakers who were neither Belgian nor French, given the colonial history. That left Haitians, Canadians and Swiss.”
Ziegler continued: “I was recruited and spent two years as the assistant to Brian Urquhart, Dag Hammarskjöld’s Special Representative in Leopoldville — today Kinshasa — and Elisabethville, now Lumumbashi. In my first post, as a junior expert in the Congo, I was present when the Secretary-General came several times to negotiate with the Katangese. I listened to him from Brian Urquhart’s office.”
At that time, the UN still enjoyed the prestige of a world power. The courageous Swede Dag Hammarskjöld was its second Secretary-General, serving from 1953 to 1961, succeeding Norway’s Trygve Halvdan Lie. Hammarskjöld died in 1961 in a plane crash whose circumstances have never been fully explained. The Nobel Peace Prize was awarded to him posthumously that same year.
In our interview, Ziegler told me he shared the hypothesis advanced by journalist Maurin Picard in his meticulously researched book “They Killed Mr H” (Seuil, 2019). “I believe the assassination hypothesis is plausible. I can testify to the hatred felt for Hammarskjöld by the Katangese authorities and their Western backers — including the governments of Belgium, the United States and France, all of whom supported the Katanga secession. We were in the middle of the Cold War, and Patrice Lumumba, who became the Congo’s Prime Minister in 1960, was seen by the West as a Soviet agent. Lumumba was shot by mercenaries.”
The Risk of UN Collapse
Today the UN no longer commands the authority it once did and is sometimes sidelined even by its own member states. In his latest book, Ziegler — who knows the UN system from the inside after a lifetime of service within it — writes: “To defeat the cannibalistic world order, an international normative order is indispensable. The cannibalistic order is the law of the strongest, the arbitrary rule of the unbridled market, inequality, misery and alienation… Only the law can master the terrifying violence of capital.”
The former Special Rapporteur on the Right to Food, who calls for “unwavering solidarity with the hundreds of thousands of human beings being destroyed by hunger,” reminds us that “the UN was founded on three principles: respect for the rights of every human being on the planet; equitable development, meaning the redistribution of wealth and the fight against poverty; and the establishment of collective security through the coordinated action of all member states. That last principle means refusing to allow any state to commit aggression against another.”
Ziegler, echoing calls made by former Secretary-General Kofi Annan — who had nominated the Swiss sociologist as Special Rapporteur on the Right to Food — insists on the necessity of UN reform: “The choice is stark: either reform happens, and the UN can be reborn and exercise the powers and duties that the Charter confers upon it, including in matters of collective security; or we are heading for failure.”
With the UN at risk of collapse — above all because of the paralysis of its Security Council and the competing interests of its five permanent veto-wielding members — what can be done to help rescue a world that has lost its humanity, where international law is flouted at every latitude? “By supporting a new subject of history that is being born: global civil society,” Ziegler told me, during a warm lunch hosted by his wife Erica Deuber-Ziegler at their home.
“This civil society that stands against the absurd ideology of triumphant neoliberalism, in a struggle engaged for several decades now,” writes this tireless champion of human rights, echoing the opening lines of the UN Charter preamble: “We the peoples of the United Nations, determined to save succeeding generations from the scourge of war, which twice in our lifetime has brought untold sorrow to mankind, and to reaffirm faith in fundamental human rights, in the dignity and worth of the human person, in the equal rights of men and women and of nations large and small, and to establish conditions under which justice and respect for the obligations arising from treaties and other sources of international law can be maintained, and to promote social progress and better standards of life in larger freedom… have resolved to combine our efforts to accomplish these aims.”
Nelson Mandela and Jean Ziegler, a political and ideological solidarity against apartheid, from J. Ziegler’s personal collection
Jean Ziegler: A Life of Engagement
A member of the Executive Council of the Socialist International, Ziegler taught sociology at the University of Geneva and at Paris I Panthéon-Sorbonne (1972–2002). He served as a municipal councillor in Geneva (1963–1967) and as a member of the Swiss National Council (1967–1983 and 1987–1999), as well as on the executive of both the Swiss Socialist Party and the Socialist International. He served twice within the UN system: in his youth as assistant to Brian Urquhart, Dag Hammarskjöld’s representative in the Congo (1961–1962); and in retirement as the first UN Special Rapporteur on the Right to Food (2000–2008), then vice-president of the Advisory Committee of the UN Human Rights Council (2009–2019). A committed intellectual — sometimes controversial — he speaks of the UN’s decline despite the unceasing work of its humanitarian agencies in the field, and of the hope embodied by a global civil society.
Further reading: “Where Is the Hope?” by Jean Ziegler (Ed. du Seuil, 2024). On his two periods of UN service, see his autobiographical works: “Le Bonheur d’être suisse” (Ed. du Seuil, 1993, repr. 2016) and “Chemins d’espérance” (Ed. du Seuil, 2016).
Published by geneveMonde — 26 August 2025
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